Tunisie: Mobilisation des ressources en eau - Une vision prospective pour répondre aux besoins sur le long terme
Chokri Gharbi
13 Mars 2009
La Tunisie a pu, durant des années, assurer un approvisionnement normal en eau au profit des différents secteurs, même pendant les périodes qui ont été caractérisées par un déficit pluviométrique. Il n'a jamais été question de rationnement de l'eau ou, encore moins, de coupure, malgré les années de sécheresse qu'a connues le pays.
Cette politique réussie repose essentiellement sur les stratégies décennales de mobilisation des ressources en eau, dont la première - qui s'est étalée sur la période 1991-2000 - a permis la réalisation de 21 barrages mobilisant 740 millions de m3 par an, ainsi que 203 barrages et 1.000 lacs collinaires permettant de mobiliser 160 millions de m3 par an. À l'actif de cette première stratégie, également, 450 forages profonds et 1.110 forages d'exploitation et de remplacement pour mobiliser 170 millions de m3.
La stratégie complémentaire de mobilisation des ressources en eau (2001-2011) vise - dans le cadre d'objectifs à long terme - à garantir un équilibre durable entre les besoins et les ressources en eau. Il s'agit d'atteindre un taux de mobilisation de 90%, moyennant la construction de 11 grands barrages d'une capacité de stockage de 350 millions de m3, ainsi que de 50 barrages collinaires, pour mobiliser 30 millions de m3 par an. «En outre, et dans le but d'assurer la régulation des stocks d'eau des barrages entre les saisons pluvieuses et sèches, explique M. Mekki Hamza, directeur général des ressources en eau, ce programme prévoit le renforcement des connexions entre les infrastructures hydrauliques et les transferts d'eau vers les régions de développement».
Traitement des bassins versants
Le programme présidentiel qui s'étale de 2004 à 2009 comporte, quant à lui, la mise en oeuvre d'un programme national de dessalement des eaux en recourant à des techniques de pointe. Il s'agit aussi d'accroître le taux de desserte en eau potable dans les zones rurales pour atteindre 95% l'année en cours. Le même programme présidentiel a prévu une généralisation des techniques d'économie d'eau pour tous les secteurs.
L'effort engagé a porté ses fruits. «Ces réalisations, se félicite notre interlocuteur, ont permis de mobiliser 4,1 milliards de m3, soit un taux de mobilisation de 88% aujourd'hui, contre 57% en 1990». Les ressources en eau de surface du pays s'élèvent, quant à elles, à 2,7 milliards de m3 par an, alors que les ressources mobilisables aujourd'hui par les barrages et les lacs collinaires sont de 2,5 milliards de m3. L'infrastructure hydraulique représente 29 grands barrages, 226 barrages collinaires et 825 lacs collinaires.
«La surexploitation des nappes souterraines et la dégradation quantitative et qualitative des ressources, soutient M. Hamza, étaient à l'origine du développement en Tunisie, à travers l'histoire, des techniques hydrauliques pour la maîtrise et la gestion des ressources en eau.
C'est ainsi qu'il existe dans toutes les régions une multitude d'ouvrages traduisant le grand souci de l'homme à profiter au maximum de cette précieuse ressource naturelle». Ces ouvrages - les Misqats, les Jessours et les M'gouds - ont été améliorés et complétés par le traitement des bassins versants grâce à des ouvrages de conservation des eaux et du sol, en plus de la construction de lacs collinaires, de barrages collinaires et de barrages de stockage.
«Les petits aménagements hydrauliques, ajoute M. Hamza, permettent de limiter la vitesse de ruissellement des eaux et de favoriser leur infiltration dans les zones de piedmont limitant les structures aquifères. Les barrages de stockage permettent la rétention des eaux de crues ainsi que leur injection au niveau des aires d'alimentation des systèmes aquifères». C'est depuis les années soixante-dix, en fait, que l'alimentation artificielle ou recharge artificielle des nappes a été introduite dans notre pays.
La dégradation de la qualité chimique des eaux
Une telle opération a plusieurs avantages, dans la mesure où elle permet de sauvegarder et de maintenir l'équilibre hydrodynamique des nappes aquifères, très sollicitées par l'exploitation intensive de leurs eaux souterraines et d'amortir les baisses des niveaux «piézométriques», qui sont à l'origine de la dégradation de la qualité chimique des eaux par l'intrusion d'eau salée dans les nappes côtières ou limitrophes des dépressions salées.
Il a été possible, en plus, d'assurer une diversification des dispositifs d'infiltration tels que les bassins, les tranchées, les carrières de sable ou de grès, les lits d'oued, les terres cultivables perméables et les dispositifs d'injection tels que les puits de surface et les forages. À noter que l'eau rechargée provient de la pluie, des barrages et des aménagements de stockage, en plus des eaux usées traitées par l'Office national de l'assainissement (Onas).
S'agissant de la salinité des eaux, «la mobilisation des ressources en eau est soutenue par le dessalement des eaux saumâtres pour l'amélioration de la qualité de l'eau distribuée. Ces ressources seront renforcées en 2010 par le recours au dessalement des eaux de mer. La Société nationale de l'exploitation et de la distribution des eaux (Sonede) dispose de quatre stations de dessalement d'eaux saumâtres et les eaux produites par ces différentes stations représentent 4% de la production totale».
Les autorités compétentes pensent même élargir les périmètres irrigués en tirant profit des ressources disponibles. Et, comme le souligne très clairement notre interlocuteur, la Tunisie a réussi à gérer les ressources disponibles de manière rationnelle, optimale, intégrée et durable.
La mobilisation des eaux associée à la valorisation des ressources non conventionnelles - valorisation et transfert des eaux usées épurées vers les zones d'utilisation, dessalement des eaux saumâtres et salées et valorisation des eaux de drainage - ainsi qu'à une politique avant-gardiste d'économie d'eau et de contrôle des pollutions, tout cela permettra d'atteindre les objectifs fixés.
En effet, le bilan relatif à la disponibilité des ressources et aux demandes sera encore équilibré à l'horizon 2030 et la sécurité du pays est assurée. «La Tunisie pourra être, cependant, soumise à des pressions dues aux changements climatiques (sécheresses accentuées), à des problèmes de pollution, à une surexploitation des ressources plus ou moins importante et même à des risques d'abondance limitée dans l'espace et dans le temps, qui compliqueront davantage la gestion des ressources en eau», explique ce spécialiste.
Le pays s'est engagé, à cet effet, à connaître de façon approfondie ces phénomènes, tout en recourant aux eaux non conventionnelles, afin de faire face à une demande en constante évolution. Parallèlement, une réforme du secteur de l'eau est engagée en se basant sur des axes stratégiques intéressant la gestion de la demande, la décentralisation et l'implication des usagers, la gestion intégrée des ressources en eau et la préservation de celles-ci avec protection de l'environnement.
De cette façon, le pays compte atteindre l'objectif de sécurité en eau, nécessaire au développement socioéconomique actuel et futur. La stratégie d'économie d'eau concerne tous les secteurs, sachant que dans le secteur agricole, plus de 80% des superficies des périmètres irrigués sont actuellement équipés en matériel d'économie d'eau. Le reste des superficies sera équipé à la fin de l'année en cours.
consultable en ligne sur : http://fr.allafrica.com/stories/200903130438.html